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Paru l'an dernier, le récital Franck / Fauré (1) de David
Bismuth a mis en lumière une remarquable personnalité. Imagination sonore,
naturel et intelligence des phrasés : rien d'un hasard si Michel Plasson
a fait appel à un tel pianiste pour son anthologie d'oeuvres rares de
Berlioz (2) ... Un jeu tout de chaleur, de poésie, de timbre, une capacité
à aller au coeur du son: il faut sûrement en chercher un peu le secret
du côté du CNR de Nice, où David Bismuth, originaire de Grasse, commence
le piano à huit ans. Il en a douze lorsqu'il y devient l'élève de Catherine
Collard, qui impressionne le gamin "par un rapport presque fusionnel à
l'instrument autant que par son investissement pédagogique, son désir
de transmettre". Deux ans s'écoulent encore, ponctués d'expériences musicales
inoubliables ( l'étude de la Fantaisie de Schumann, par exemple) ; et
vient le moment d'intégrer le CNSM de Paris, dans la classe de Gabriel
Tacchino. Après la rigueur du travail auprès de ce dernier, c'est avec
Brigitte Engerer - qui reprend la classe de son confrère retiré del'enseignement
- que le jeune musicien poursuit son cursus.
Irremplaçable rencontre
1993 : David Bismuth fête ses dix-huit ans et le terme de ses études au
Conservatoire. "Y étant entré sans doute un peu jeune, j'ai éprouvé le
besoin, en le quittant, de conforter mes acquis et d'élargir mon répertoire".
Pas une hésitation, c'est vers Monique Deschaussées qu'il se tourne !
S'il ne la connaît pas encore personnellement, les ouvrages de l'ancienne
élève d'Edwin Fischer et d'Alfred Cortot ( L'homme et le Piano en particulier
) figurent depuis longtemps parmi ses lectures de chevet. La rencontre
se produit au terme d'une conférence de la pédagogue et marque le début
d'un contact régulier, durable et extrêmement enrichissant . "Monique
Deschaussées faisait référence de manière permanente à Cortot, se remémore
David Bismuth, et insistait sur l'importance d'une détente physique absolue
pour parvenie à déployer la sonorité. Elle m'a appris à jouer en étant
physiquement conscient de ce qui se passe. J'ai beaucoup élargi mon répertoire
grâce à elle et je garde un très grand souvenir de l'étude de pages telles
que la Sonate n°3 de Brahms, les Etudes de Chopin ou les Préludes de Debussy".
Mais le portrait de David Bismuth ne serait pas complet si l'on omettait
une autre rencontre, plus récente celle-ci : Maria Joã Pires. Depuis trois
ans, l'artiste français prend régulièrement le chemin du centre Belgais,
au Portugal, pour travailler auprès de celle qu'il décrit "comme un modèle
de générosité, de don de soi, de sens du partage, de simplicité. L'être
humain est à la mesure de la pianiste : Pires a les pieds sur terre et
la tête dans les nuages; elle est proche des gens et leur donne des ailes
pour s'évader". Mais l'important tient à ce que l'artiste portugaise "ne
se pose pas en professeur de piano et préfère transmettre l'expérience
d'une vie en musique". Elle a en tout cas donné une belle marque d'estime
au jeune musicien, en l'invitant à partager un concert en juillet dernier
à Montpellier. De profondes affinités avec le répertoire de piano français
ont poussé David Bismuth à associer Franck et Fauré dans son premier disque,
avec des oeuvres (Prélude, Choral et Fugue, Thèmes et Variations op. 73
etc.) qui "relèvent à la fois d'un piano très orchestral et de structures
formelles très élaborées". Fort du succès du public que cette gravure
a remporté, l'artiste va bientôt poursuivre dans cette voie : un non moins
original programme faisant se côtoyer DuKas (Sonate) et Debussy (Suite
bergamasque, Pour le Piano) paraîtra bientôt, toujours chez Ame Son. Mais,
surtout, que l'on se garde bien de réduire David Bismuth à la seule musique
française ! Ses concerts fournissent maints exemples de son éclectisme,
qu'on l'entende en soliste, avec orchestre ou aux côtés de partenaires
réguliers tels que Laurent Korcia, Marina Chiche, Radu Blidar et Vadim
Tchijik.
Alain Cochard
(1) Ame Son ASCP0302, distribution Codaex.
(2) La Révolution grecque, etc. ( EMI 5574792, Diapason d'or )
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