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Parution : février 2004 chez Ame SON

 

César FRANCK (1822-1890)
Prélude, Fugue et Variation (1860-1862)
1/ Prélude 3'26
2/ Fugue 3'12
3/ Variation 3'39

4/ Danse lente (1884) 2'10

Prélude, Choral et Fugue (1884)
5/ Prélude 4'58
6/ Choral 5'31
7/ Fugue 8'50

Gabriel FAURE (1845-1924)
8/ Nocturne n°1 (1883) 7'39

9/Thème et Variations (1897) 13'51

10/Nocturne n°13 (1921) 7'30

Durée totale : 61'19

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CLASSICA
Avril 2004
8/10
Etrangement, la première impression que donne l'écoute du début de ce disque est d'entendre un vieux piano français joué sans apprêts, de manière presque rugueuse et fruste. Vérification faite, il s'agit d'un Fazioli, instrument probablement tout récent d'un facteur dont on connaît les ambitions d'excellence. Mais, placé dans l'acoustique très réverbérante d'un temple, sa richesse harmonique, peut-être difficile à maîtriser par l'interprète, évoque le timbre typique des Erard et Pleyel de la grande époque, coloré et chaleureux. Et si de prime abord le toucher de David Bismuth peut sembler bien lourd, dépourvu de nuance pianissimo (mais on ne saurait dire qu'il ne s'agit pas d'un effet de la prise de son), on est progressivement saisi par cette interprétation simple et humble, sans esbroufe ni raffinements ostentatoires, mais finalement très émouvante.

Il y a là comme un véritable petit miracle. David Bismuth trouve ainsi le juste poids de chaque note, qui devient de la sorte parfaitement expressive, et crie sa douleur. Ce n'est pas rien de parvenir à cette compréhension intime d'une œuvre telle que le Prélude, Choral et Fugue de César Franck, où de grands pianistes internationaux comme Arthur Rubinstein (RCA) ou Jorge Bolet (Decca) se sont quelque peu fourvoyés. Certes, on n'atteint pas pour autant à l'hallucinante hyperexpressivité d'un Jean-Gabriel Ferlan dans son récital César Franck (Dante, noté 8 dans Répertoire n° 73, pour les " happy few "). Mais la lecture de David Bismuth évoque une âme tendue vers la lumière.

Ses Fauré n'ont rien de salonnard ni de mièvre, mais sont parés d'une grandeur inquiète, même le Premier Nocturne. On trouvera chez Jean-Philippe Collard (EMI) ou chez Kun Woo Paik (Decca, 10 de Répertoire dans le n° 156) davantage de nuances, de délicatesse, de séduction immédiate, mais pas plus d'émotion. La seule réserve concerne la terrifiante fugue finale du Prélude, Choral et Fugue de Franck, un peu prudente, laborieuse, quoique honorable, qui ne possède évidemment pas la puissance orchestrale et l'aisance diabolique d'Evgeny Kissin (RCA). Là encore, il est possible que cet excellent jeune pianiste français ait dû composer avec les conditions acoustiques, et l'on se gardera de tirer des conclusions hâtives. Malgré ce défaut mineur, ce récital possède une forte personnalité, une saveur authentique, tant par le jeu de David Bismuth que par le naturel d'une prise de son non trafiquée, et qui tranche agréablement sur quantité de productions standardisées et aseptisées.

Philippe van den Bosch

A NOUS PARIS
CD du mois - Semaine du 9 au 15 février 2004
David BISMUTH - " Franck/Fauré " - AmeSon
Piano stellaire
Pour le deuxième disque qu'il produit, on peut dire que le nouveau label AmeSon a fait bonne pêche ! En laissant carte blanche au tout jeune pianiste David BISMUTH, le jeune maison de disques misait gros, mais a su reconnaître le talent précoce de cet artiste du clavier.
Se moquant du " qu'en-dira-t-on ", et puisant son expressivité au plus profond de lui-même, Bismuth est en effet parvenu à nous offrir un disque de musique française où la poésie fait fi de la virtuosité. Libre et lumineux.
Voilà deux mots qui, à eux seuls, résument cette version de FRANCK et de FAURE où se côtoient recueillement et passion, et où le jeu du pianiste ne fait qu'un avec ces univers pastels.
Récemment repéré comme l'un des dix pianistes les plus en vue de sa génération, Bismuth nous prouve là qu'il ne s'agissait pas d'une rumeur ...
L'étoile est bien là.

Coralie Welcomme

PIANO MAGAZINE
David Bismuth
César Franck : Prélude, Fugue et Variation ;
Danse lente ; Prélude, Choral et Fugue ;
Gabriel Fauré : Nocturnes n°1 et 13, Thème et Variations.
AmeSon ASCP 0302
Voici l'exemple d'un projet mûrement conçu pour associer de manière homogène une volonté interprétative, un instrument soigneusement choisi et une acoustique bien enregistrée, celle du temple Saint-Pierre qui sertit les sonorités d'orgue du Prélude, Fugue et Variation de Franck fidèlement transcrit pour piano par Harold Bauer. Sur un splendide Fazioli offrant une ample résonance dans les graves et de beaux arrière-plans (on tiquera juste sur quelques aigus encore un peu crus), David Bismuth enveloppe d'une aura sonore des plans rappelant les registrations des différents claviers de l'orgue. Il trouve avec naturel la démarche agogique unifiant le Prélude, Choral et Fugue et, dans un grand respect des nuances, il évite toute grandiloquence pour privilégier la concentration et la noblesse d'une spiritualité intériorisée.

Moins connue, la Danse lente évolue sous ses doigts avec une distinction rêveuse. La partie fauréenne parcourt en trois étapes tout l'arc de la vie créatrice du compositeur. David Bismuth conduit le Nocturne n° 1 à travers un cantabile lumineux et des épisodes orageux ou rêveurs. Dans Thème et Variations, il expose le thème avec une sombre résolution puis cerne à la fois la plénitude d'une virtuosité parcourant tous les registres et la subtilité expressive d'un univers en suspension dans l'intemporel. Enfin le Nocturne n°13 se pose comme une ultime récapitulation de l'itinéraire d'un langage harmonique tourmenté passant par une section centrale que le jeune pianiste fait monter avec l'énergie du désespoir. Un programme pensé et joué selon une profonde élévation d'esprit.

Sylviane Falcinelli